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Jeudi 25 juillet :
Vous êtes la lumière du monde Schéma de la catéchèse librement développé
« Vous êtes la lumière du monde »
Cette parole du Christ à ses disciples s’adresse aussi à nous aujourd’hui. Elle nous surprend, comme elle a du surprendre les disciples eux-mêmes. En quoi sommes-nous lumière, surtout quand nous sommes conscients de nos fragilités, de nos tiédeurs, des zones d’ombre qui peuvent exister dans nos vies ? Bien sûr, on pourra faire remarquer que la parole de Jésus s’adresse à l’ensemble de ses disciples, à leur communauté, à l’Eglise. Mais celle-ci est-elle vraiment lumière du monde ? N’a-t-elle pas connu dans son histoire à côté de pages lumineuses des pages plus obscures ? Alors comment comprendre la parole de Jésus ?
LE CHRIST LUMIERE DU MONDE
La catéchèse d’hier sur le « sel de la terre » nous a fait percevoir que nous étions sel parce que nous avions en nous, grâce à notre baptême, le dynamisme d’une vie nouvelle qui est celle du Christ Ressuscité. Il en va de même de la lumière. Nous ne sommes pas lumière par nos propres forces, par nos qualités, nos efforts ou nos engagements. Nous sommes lumière parce que nous reflétons sur nous la lumière du monde qu’est le Christ lui-même. Nous ne pouvons être lumière du monde, qu’à la suite du Christ, que grâce au Christ, ou de façon plus exacte qu’ « en Christ ».
Jésus nous dit en saint Jean : « Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. » (Jn 8, 12 cf aussi 9, 5 ; 12, 46) Il vient éclairer la vie des hommes, les faire échapper aux ténèbres, les conduire sur les chemins de la vraie vie. L’évangéliste affirmera : « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise. » (Jn 1, 4-5) C’est par sa parole et par toute sa vie que Jésus est la lumière du monde. C’est par la puissance de l’Evangile, accueilli et communiqué aujourd’hui par et dans l’Eglise, que cette lumière brille pour le monde d’aujourd’hui.
CETTE LUMIERE PASSE PAR NOUS
Car le Christ n’a plus la même visibilité que lorsqu’il sillonnait avec ses disciples les routes de Judée et de Galilée. Dans l’événement du mystère pascal, dans sa résurrection, son ascension et le don de l’Esprit, le Christ va se donner un autre mode de présence, un autre corps dans le monde, un corps éclairé, soutenu et fortifié par l’Esprit. C’est la communauté de ses disciples, c’est l’Eglise qui va devenir son propre corps. « Vous êtes le corps du Christ » dira Saint Paul aux chrétiens de Corinthe. Ce qui veut dire que les paroles du Christ qui révélaient l’amour du Père, pardonnaient, invitaient à la foi, dénonçaient le mal, ce sont aujourd’hui les paroles des chrétiens ; ces mains qui relevaient, apaisaient, guérissaient ce sont les mains des chrétiens. Le cœur du Christ qui frémissait intérieurement devant ces foules qui le cherchaient, c’est le cœur de chaque chrétien. Vous êtes le Corps du Christ et chacun de vous pour la part qui lui revient membre de ce Corps. Jésus n’a pas d’autre visibilité pour se manifester aux hommes que ce que nous en manifestons. Il passe par nous. Il livre sa Parole entre nos mains. Je vous la confie, dit le Seigneur. A vous de jouer.. Je compte sur vous. On comprend que s’applique pleinement à nous la parole du Christ : « Vous êtes la lumière du monde ».
LE RAPPEL DE NOTRE MISSION
Cette mission que le Christ nous confie n’est donc pas matière à option pour un chrétien. Elle est au cœur de notre vie de baptisés. Le Christ nous dit aujourd’hui comme il l’a dit à ses disciples : « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie ; Soyez mes témoins ; témoignez de l’Evangile, n’ayez pas honte de lui ; ne mettez pas la lumière sous le boisseau. »
Saint Paul dira aux Philippiens : « Agissez en tout sans murmures ni réticences, afin d’être sans reproche et sans compromission, enfants de Dieu sans tache au milieu d’une génération dévoyée et pervertie, où vous paraissez comme des sources de lumière dans le monde, vous qui portez la parole de vie. » ( Ph. 2, 14-16) Paraissez comme des sources de lumière. Voilà l’appel que le Seigneur nous adresse ce matin.
C’est ce que le pape nous rappelle dans son message :
« Dans le contexte actuel de sécularisation, dans lequel bon nombre de nos contemporains pensent et vivent comme si Dieu n’existait pas ou sont attirés par des formes de religiosité irrationnelles, il est nécessaire que vous précisément, chers jeunes, vous réaffirmiez que la foi est une décision personnelle qui engage toute l’existence. Que l’Evangile soit le grand critère qui guide les choix et les orientations de votre vie ! Vous deviendrez ainsi des missionnaires par vos gestes et vos paroles et, là où vous travaillez et vous vivez, vous serez des signes de l’amour de Dieu, des témoins crédibles de la présence amoureuse du Christ. N’oubliez pas : « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ». » (n°3)
LE COURAGE DU TEMOIGNAGE
« Paraissez comme des sources de lumière. » (Phil 2, 15)
Aujourd’hui, plus que jamais, ce témoignage en paroles et en actes demande de nous force intérieure et courage. En effet, nous ne sommes plus dans des sociétés où le christianisme avait une grande force d’encadrement et de conviction sociale. Souvent nous avons l’impression de vivre dans des sociétés marquées plutôt par l’indifférence, la dérision vis-à-vis de la foi et plus encore de l’Eglise, par de multiples recherches religieuses (nouvelles religiosités…) Les jeunes chrétiens se sentent peu nombreux, ont parfois la tentation de se fondre dans la masse, d’en adopter les modes de pensée, la façon de vivre, de masquer par peur du qu’en dira-t-on leur appartenance chrétienne. C’est la tentation non pas de l’enfouissement, mais de la dissolution. Décidément, la lumière risque d’être bien cachée sous le boisseau !
Or le Christ nous invite au courage de la foi, à la force du témoignage malgré les difficultés. Saint Pierre nous invitera à être « toujours prêts à justifier notre espérance devant ceux qui nous en demandent compte » (1 Pi 3, 15) Cela suppose :
1. un lien personnel au Christ. C’est lui qui nous fait tenir debout dans la foi. C’est en restant branchés sur sa Lumière que nous serons lumière ; c’est en faisant grandir notre amitié avec lui que nous reflèterons mieux sa lumière. Cela nous renvoie à notre ressourcement personnel , à ce qui nous « d’être » avant de « faire ».
2. une foi dans l’action de l’Esprit. C’est le Christ qui nous donne la force de l’Esprit, cet Esprit qui est un Esprit de lumière, de courage et d’assurance. A ses disciples à qui il annonce la persécution, il dit : « Mettez-vous dans l’esprit que vous n’avez pas à préparer votre défense. Car, moi, je vous donnerai un langage et une sagesse que ne pourront contrarier ni contredire aucun de ceux qui seront contre vous. » (Lc 21, 14-15) Dans la rencontre avec d’autres, combien de fois n’avons-nous pas senti que Dieu nous avait précédés et que l’Esprit était à l’œuvre dans leur vie ! (cf. rencontre avec les catéchumènes adultes)
3. le soutien fraternel de communautés chrétiennes vivantes. Certes, c’est à chacun de témoigner de sa foi, là où il vit, dans sa vie familiale, dans son univers professionnel ou dans sa vie d’étudiant, dans l’ensemble de ses relations. Mais je crois qu’on ne peut relever le défi d’une évangélisation, tout seul dans son coin. On a besoin de se soutenir les uns les autres, on a besoin d’un groupe porteur, d’une communauté chrétienne vivante, priante, se nourrissant de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie, d’une communauté fraternelle, accueillante, ouverte sur son environnement, en un mot missionnaire. Je dis souvent, avec d’autres, qu’un chrétien isolé est un chrétien en danger.
D’ailleurs, il faut souligner que c’est l’Eglise, avec toute la réalité humaine qui la compose, qui est appelée à témoigner du Christ, à être cette lumière du monde. Nous sommes invités à prendre pleinement notre place, comme des pierres vivantes de cet édifice spirituel qu’est l’Eglise du Christ.
SERVITEURS DE LA BONNE NOUVELLE DU CHRIST
« Vous qui portez la Parole de vie. » (Phil. 2,16)
Ce dont nous avons à témoigner au cœur de notre expérience de foi, ce n’est pas d’abord de principes, de vérités abstraites, d’une idéologie, mais d’un amour qui nous saisit et qui vient à la rencontre de l’homme, de tout homme, de tous les hommes. Nous avons à être les témoins de l’expérience transformante de l’accueil de cet amour en nous. Nous avons à être les révélateurs et les défenseurs du vrai visage de Dieu et du vrai visage de l’homme. Il y a parfois des perversions de chacun de ces visages qu’il nous faut dénoncer. Nous avons à être les témoins et les acteurs de ce projet de fraternité universelle, à laquelle Dieu appelle tous les hommes.
Etre lumière du monde, c’est refuser de s’enfermer dans son cercle étroit, dans son groupe, sa communauté ecclésiale. C’est être invité à vivre une véritable catholicité, une ouverture sur l’universel. Je pense à ces jeunes qui s’engagent et consacrent plusieurs années de leur vie à soutenir le développement d’un pays ou la vie pastorale et missionnaire d’une jeune Eglise. Comment ne pas évoquer aussi ce que nous font vivre concrètement ici à Toronto ces journées mondiales de la jeunesse ? Notre monde a besoin de ces signes d’une mondialisation à visage humain, d’une communion possible entre les êtres. Non, nous ne sommes pas condamnés à la violence, au cercle infernal de la vengeance, à la guerre, à l’incommunicabilité entre les êtres. Je crois que ces signes concrets sont précieux aujourd’hui. Ils sont mystérieusement désirés et attendus dans le cœur des hommes beaucoup plus qu’on ne le croit !
Plus que jamais, il nous faut être lumière. Le Seigneur et le monde comptent sur nous. Que ces Journées mondiales de la Jeunesse nous aident à être davantage « sel de la terre et lumière du monde ». 25/07/2002 Mgr Ricard, Archévêque de Bordeaux |