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"J’ai été très heureux de vivre ces JMJ dans la continuité de celles de Paris et de Rome. Pourtant, chaque journée a sa caractéristique propre." JMJ direct – Nous sortons des 17ème JMJ, quel premier bilan tirez-vous de ces journées ?
Mgr Ricard – J’ai été très heureux de vivre ces JMJ dans la continuité de celles de Paris et de Rome. Pourtant, chaque journée a sa caractéristique propre. Ces journées jouent un rôle de révélateur à double titre. Au sens photographique, dans la mesure où elles « révèlent », elles font percevoir les questions, les attentes, les soifs des jeunes…mais aussi au sens littéral dans la mesure où ces journées nous permettent de découvrir le vrai visage de Dieu, et en Jésus, le vrai visage de l’homme qui se révèle à nous. Ce qui me frappe, c’est que dans les catéchèses comme dans les homélies de Jean-Paul II, ce sont toujours des questions essentielles qui sont abordées : qu’est-ce que la foi ? Comment témoigner de l’Evangile ? Comment vivre en chrétien ? quelle vie ecclésiale ? Quelle responsabilité dans le monde ? Je trouve que l’on expérimente aussi l’originalité d’une proposition qui mêle ambiance conviviale et festive, recherche de foi centrée sur l’essentiel, bain d’Eglise universelle, expérience d’un peuple rassemblé dans l’Esprit de toutes les nations et charisme personnel de Jean-Paul II.
JMJ direct – Qu’est-ce qu’apporte cette expérience aux jeunes participants ?
Mgr Ricard – Ces journées contribuent à donner à beaucoup de jeunes la fierté d’être chrétiens, dans une ambiance joyeuse et non agressive, un peu comme le seraient des marcheurs s’étant désaltérés à une source vive et qui en inviteraient d’autres en disant : « Viens et bois ! » Nous sommes dans la dynamique de la proposition de la foi que nous expérimentons en France ces dernières années.
JMJ direct – Que pensez-vous du choix de la ville de Toronto ?
Mgr Ricard – En arrivant dans cette ville avec ses gratte-ciel, j’ai tout de suite pensé au 11 septembre, à cette violence terroriste mondiale qui se voulait réponse à une autre violence, cette violence économique, sociale et politique dont les pays les plus pauvres sont les principales victimes. En choisissant cette ville, les JMJ montrent en contrepoint à cette mondialisation violente, l’image d’une mondialisation à visage humain, faite de joie, de peuples heureux de se rencontrer dans le respect de leur différences. On a besoin aujourd’hui d’un tel signe, car il rappelle que la violence, la haine, l’exclusion de l’autre n’auront pas le dernier mot ; la foi nous dit au contraire que celui-ci sera plutôt à la rencontre des peuples, au développement de la fraternité, en un mot à l’amour.
JMJ direct – En somme, les JMJ sont comme un tremplin pour une autre mondialisation ?
Mgr Ricard – D’une certaine manière, oui. Les JMJ visent, non seulement à donner un signe, mais elles nous engagent à être artisans de cette fraternité nouvelle et à agir pour plus de solidarité. Si nous les vivons ainsi, les JMJ ne seront pas une parenthèse en attendant les JMJ suivantes, mais un véritable tremplin pour notre vie chrétienne personnel et notre vie ecclésiale.
JMJ direct – Comment situer les JMJ dans la pastorale des jeunes ?
Mgr Ricard – Nous avons à croiser, dans la vie de nos diocèses, un soutien aux mouvements, aux aumôneries, aux groupes de jeunes qui travaillent à un accompagnement dans la durée avec un certain nombre de temps forts (fêtes diocésaines, catéchèses, marches….) qui permettent un décloisonnement entre groupes spécifiques et l’invitation à un public plus large.
JMJ direct – De ce point de vue, les JMJ sont une excellente rampe de lancement pour la pastorale des jeunes au Canada ?
Mgr Ricard – En effet, l’Eglise du Canada, et particulièrement celle du Québec, reconnaît avoir perdu le contact avec la jeunesse. A travers ces journées, il y a un effet détonateur. Ce que je constate à nouveau, c’est que les jeunes ne s’intéresse pas à un christianisme réduit dans ses prétentions, purement ajustés à l’air du temps. Au contraire, les jeunes ont soif d’absolu. Il ne faut pas avoir peu d’une parole qui va directement à l’essentiel, qui est exigeante, qui articule éducation à l’intériorité et sens de l’engagement. Dans le contexte de sécularisation croissante du Canada, certains pasteurs ne croyaient pas vraiment à la dynamique des JMJ. Ils ont été » surpris, parce qui a été vécu à Toronto.
JMJ direct – Qu’avez-vous pensé du message du Saint-Père ?
Mgr Ricard – Ce que j’aime, c’est qu’il renvoie à l’essentiel , à la personne du Christ, à l’approfondissement de la foi, à la responsabilité missionnaire dans le monde, au service de l’Église. Le Pape nous présente un monde comme un lieu propice à l’engagement pour lui redonner le goût d’une véritable humanité, puisée dans le Christ. Pour toute l’Église nord-américaine, le pape se devait de prendre la parole sur la grave crise de la pédophilie. Il n’a pas masqué la souffrance des victimes, ni minimisé l’épreuve que ces comportements pédophiles créaient pour l’Église. Mais il aussi demandé de ne pas porter le discrédit sur tous ces prêtres et ces religieux qui donnent le meilleur d’eux-mêmes. L’accueil et les applaudissements de la part des jeunes montraient que le Pape avait été entendu.
JMJ direct – Comment avez-vous trouvé le Pape ?
Mgr Ricard – Il s’était lancé un défi à lui-même, et il l’a relevé courageusement. Les jeunes ne s’y trompent pas. Ils reconnaissent en lui une personne repère ; ils apprécient cette puissance spirituelle et son expérience humaine. Même si la maladie et la fatigue l’ont progressivement rattrapé, il avait donné rendez-vous aux jeunes et à tout fait pour y être présent. Il a donné un beau témoignage.
JMJ direct – Et maintenant, quelles suites de ces journées ?
Mgr Ricard – Pour ce qui concerne le diocèse de Bordeaux, nous allons voir avec les jeunes, les prêtres et les animateurs laïcs ce que nous allons faire. Bien sûr une soirée rencontre, mais d’autres initiatives seront certainement à prendre par la suite.
JMJ direct – Ne manque-t-il pas un peu la dimension de l’engagement dans la pastorale autour des JMJ ?
Mgr Ricard – C’est vrai. Il y a un équilibre à trouver dans la pastorale entre ressourcement et engagement. On perçoit davantage aujourd’hui les moyens pour le ressourcement (catéchèses, veillées de prières, retraites, marches) ; ceux pour aider les jeunes à s’engager sont à travailler. Des voies nouvelles et des temps nouveaux là aussi sont à ouvrir ! 28/07/2002 Marc, Rédacteur JMJ direct |