JMJ direct inXL6
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
JMJ direct, une réalisation inXL6
 

Catéchèse de Mgr Ulrich

Thème : Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde
Dimanche 28 juillet 2002, Savoie

La lettre d’invitation du pape à la Journée mondiale de la Jeunesse 2002 à Toronto commence par des images, et même est dominée par des images. « Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde » (Mt 5,13-14). Mais aussi, soyez « les sentinelles du matin » (Is 21,11-12). « On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau (ou sous la table) (Mt 5,15). Et encore : « l’Eglise vous accueille comme maison et école de communion et de prière ».

Et Jean-Paul II donne des explications concernant ces images. Le sel est d’abord utilisé, depuis longtemps, pour la conservation des aliments, ainsi pouvons-nous comprendre notre vocation de chrétiens guidés par l’Evangile au service de la protection, de la conservation de ce monde qui risque toujours de se défaire, de se détruire. Le sel aussi donne de la saveur, du goût : peut-être trouvons-nous que dans notre monde on nous offre des sensations fortes, et que le sel ne manque pas tant que cela. Mais le sel de ces sensations variées ne s’épuise-t-il pas si vite qu’il faille sans cesse en trouver d’autres† ? On s’en lasse, et il faut toujours inventer du nouveau…Le sel bientôt n’est jamais assez fort.

Je passe à la lumière : serions-nous dans le noir, dans les ténèbres ? il paraît que depuis les vaisseaux spatiaux, ceux qui sont situés à 36000 kilomètres de la terre, on distingue nettement la tache de lumière de l’éclairage intégral des autoroutes belges… Pour le pape, il s’agit de la lumière de la vérité, la splendeur de la vérité comme il l’a écrit il y a plusieurs années, et de la lumière que tient sur la route peu sûre le guide expérimenté : il reprend là, la grande affirmation mise en tête du Concile de Vatican II, tenu à Rome avec 2500 Evêques catholiques entre 1962 et 1965, selon laquelle « le Christ est la lumière des peuples ». Ce qui s’applique au Christ s’applique à ceux qui l’aiment et le suivent, ils deviennent comme lui « lumière du monde ». Ils deviennent, nous devenons, vous devenez lumière pour le monde.

« Soyez les sentinelles du matin » Le pape avait déjà donné cette mission aux jeunes à Rome en 2000. Il faut repenser à l’Epoque où il y avait des veilleurs dans la ville, pour annoncer à la criée l’avancée de la nuit qui est toujours source d’angoisse, ou en tout cas d’inquiétude. Celui qui est chargé de surveiller un lieu protégé est bien content quand s’annonce, sans alerte, la fin de la nuit. Le malade attend le lever du jour avec impatience : avec le jour reviendront les soins, les visites et l’attention des soignants. Le matin est une délivrance pour beaucoup ; voilà pourquoi les moines veillent et prient en communion avec tous ceux qui doivent rester éveillés, avec ceux qui souffrent ou s’inquiètent dans la nuit.

Je rappelle la dernière image : l’Eglise, maison et école de communion et de prière. Choisissez l’une ou l’autre de ces images, si par exemple l’école ne vous dit rien de bon, peut-être la maison vous sera-t-elle plus avenante ! En tout cas, cela veut dire que vous pouvez vous approcher de l’Eglise et lui demander de vous aider à progresser pour vivre plus fraternellement avec les autres, et pour vous approcher davantage de Dieu par la prière. Il y a une grande expérience de la prière dans l’Eglise : dans les monastères, dans les communautés nouvelles ou pas, mais aussi dans des groupes de prière en paroisses, dans des mouvements liés aux grands ordres religieux : bénédictins et cisterciens, chartreux et carmes, dominicains, jésuites et salésiens…

Le langage de ces images

S’il y a des images, c’est pour faire percevoir qu’il existe quelque chose qui ne peut pas simplement se décrire, se définir trop carrément, trop rationnellement. C’est pour signaler qu’on parle ainsi d’une réalité que tout le monde ne voit pas. On l’évoque, on la fait imaginer, on en donne plusieurs images qui vont se compléter, qui vont jouer entre elles. Il y a besoin d’imagination pour ne pas rester enfermés dans le monde qu’on voit ; vous avez besoin d’images pour vivre : ciné, BD et autres. La poésie, la peinture, la musique aussi suscitent des images qui aident à vivre. L’Evangile vous en donne aussi.

Et quelle est cette chose, cette réalité presque invisible dont nous parle l’Evangile, et aussi Jean-Paul II. C’est que dans le monde, il existe un autre monde qui grandit, comme imperceptiblement. Jésus l’appelle souvent le Royaume, ou le Royaume de Dieu. Pressentir que cet autre monde existe déjà au milieu de nous, c’est croire que la vie a du goût. Derrière ses fragilités évidentes (la maladie, l’échec, la peur, l’accident, la mort sont vraiment tout près de la santé, de la réussite, du courage, de la chance) la vie est un don merveilleux que Dieu ne cherche pas à reprendre, mais à conduire jusqu’à son plein et définitif épanouissement.

Les fragilités dont je viens de parler, ce ne sont pas seulement des fragilités physiques ; mais aussi des faiblesses morales : la jalousie, la violence, l’envie, l’orgueil. Là aussi, Dieu veut faire que le dynamisme qui s’exerce dans ces impulsions ou pulsions soit converti en amour désintéressé, en force pacifique, en désir de servir et de faire grandir les autres. Un monde fraternel, plutôt qu’un monde de terreur ; un homme réconcilié avec lui-même et avec les autres plutôt qu’un homme agressif et agressé.

Eh bien ce monde grandit déjà au milieu du monde et de nos relations. Bien sûr, il existe des personnes désabusées ou déçues qui ne le croient pas possible ; il en existe qui sont trop intéressées à leur profit personnel qui ne veulent au fond pas le voir grandir ; beaucoup peuvent l’espérer comme s’il allait seulement venir du changement des autres, et non du leur. Et puis il y a certainement le grand nombre de ceux que nous sommes qui tantôt en rêvent, tantôt font des efforts dans le bon sens, tantôt se découragent…Et tous ceux qui y croient, simplement, qui agissent sans se décourager, attachés qu’ils sont à Jésus

Ce que Jésus dit quand il fait de nous le sel de la terre, la lumière du monde (de même que le prophète Isaïe, quand il appelle les sentinelles du matin), c’est qu’il y a dans le monde comme du sel presque invisible, et une lumière qu’on ne regarde pas mais qui permet de voir tout le reste. Sans ce sel, sans cette lumière, ce monde serait fade, le monde serait terne. Mais vraiment, qui donne le goût, qui donne la lumière ? C’est Jésus lui-même et sa parole, son Èvangile. Et c’est nous, non pas tout seuls, mais avec Lui, avec sa parole et son Èvangile.

Le Christ et l’Eglise

J’insiste sur un point : Jésus n’a pas dit « tu es le sel de la terre et tu es la lumière du monde ». Là, il ne s’adresse pas à chacun en particulier, et isolé des autres. Mais à tous et ensemble ; il dit « vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde. Il ne faut pas se désespérer de ne pas réussir à remuer le monde tout seul ; il ne faut d’ailleurs pas rêver de pouvoir le faire. Nous ne sommes pas Tintin qui se heurte tout seul à des empires du mal, et déjoue par sa seule astuce les pièges infernaux (mais Tintin me fait rêver quand même !).

Jésus ne dit pas non plus : vous deviendrez par vos forces ce sel et cette lumière. Mais « vous êtes… » Cela signifie : parce que vous m’écoutez, parce que vous m’aimez, parce que vous me suivez et devenez mes disciples, vous êtes réellement sel et lumière. Vous recevez cela de moi, et de Dieu. Si vous me faites confiance, il y a un témoignage qui passera à travers vous. Parfois même, vous ne vous en rendrez pas compte, mais à travers vous, c’est le Christ qui sera reconnu, connu, aimé, il sera lumière pour les autres. Comme à travers d’autres, le Christ sera lumière pour vous† : quelqu’un vous dira quelque chose qui vous éclairera.

C’est toujours un témoignage donné ensemble, et reçu ensemble. Chacun de vous est porteur de questions, d’interrogations, il ne les résoudra pas seul, mais en faisant résonner ses questions avec celles des autres, et ses réponses aussi. Et il n’y a pas de réponses aux questions que l’on se pose sans un engagement personnel : parler avec les autres et les écouter, dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit…

Pour finir, le pape Jean-Paul II nous invite à faire ce que j’ai fait à votre place : relire la très belle lettre qu’il a écrite à tous les catholiques, et à tous ceux qui voulaient bien le lire, le 6 janvier 2001, juste au début du nouveau millénaire. Dans cette lettre, il donnait une sorte de programme pour le renouveau de l’Eglise et pour la consolidation d’un monde meilleur. Il disait : le programme, au fond, il n’y en a pas, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de formule magique qui puisse nous sauver, mais seulement Jésus-Christ, une Personne qui nous dit : Je suis avec vous. S’il existe un programme, il est simplement inspiré de l’Evangile, et de la façon de le vivre depuis vingt siècles, ce qu’on appelle la Tradition Vivante.

Le programme, c’est de croire qu’on peut s’approcher de Jésus, l’aimer, lui ressembler. Et comment ?
· Apprendre ensemble à prier,
· écouter ensemble l’Evangile et aimer cette parole qu’on peut partager,
· ne pas oublier de se rassembler notamment le dimanche (cela, mes amis, vous n’y croyez pas assez, pourquoi n’aimez-vous pas vous rassembler pour écouter la parole de Dieu et recevoir le pain de la vie ? alors que vous dites si souvent que la famille et l’intergénérationnel sont pour vous des valeurs…),
· accueillir le pardon de Dieu, notamment dans le sacrement de réconciliation,
· s’interroger sur une éventuelle vocation personnelle au service de l’Evangile,
· s’engager dans des actions de solidarité au service des pauvres chez nous, et des pays pauvres par la coopération par exemple,
· agir, ne serait-ce que par la parole et la réflexion dans l’opinion, sur les grands défis : la sauvegarde de la nature, l’écologie, le respect de la vie dès sa conception et jusqu’à la fin,
· connaître et faire connaître la pensée de l’Eglise sur les questions sociales,
· et bien d’autres sujets, trop longs à détailler.

La tâche est immense, il suffit à chacun de commencer à s’y engager. Commencer par un bout. Si chacun s’imaginait comme un simple grain de sel, au milieu des autres…

28/07/2002
Laurent Ulrich,
Archevêque de Chambéry, évêque de Maurienne et Tarentaise

 
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